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Les Bahamas ferment leurs portes aux Haïtiens en quête de visa américain

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Les autorités des Bahamas ont annoncé l’interdiction formelle d’entrée sur leur territoire des ressortissants haïtiens souhaitant y déposer une demande de visa pour les États-Unis. Cette mesure, révélée le vendredi 5 septembre 2025 par le journal Jamaica Observer, marque un tournant sévère dans la politique migratoire régionale et s’inscrit dans un contexte de durcissement général à l’égard des migrants haïtiens.

Dans un communiqué officiel, le gouvernement de Nassau, dirigé par le Premier ministre Phillip Davis, a justifié cette décision par un alignement sur les nouvelles directives américaines. En effet, Washington a adopté, dès juin dernier, une politique interdisant strictement l’entrée des ressortissants haïtiens sur son sol. En réponse, les Bahamas ont déclaré :> « Puisque la politique américaine interdit strictement l’entrée de ressortissants haïtiens, nous ne délivrerons plus d’autorisations d’entrée aux Bahamas pour ce motif. »

Cette fermeture administrative supprime une voie essentielle pour des milliers d’Haïtiens, qui, en l’absence d’ambassade américaine pleinement opérationnelle à Port-au-Prince, se rendaient traditionnellement aux Bahamas pour entamer leurs démarches migratoires vers les États-Unis. Cette option désormais inaccessible réduit drastiquement leurs possibilités de migration régulière, dans un contexte où les alternatives légales sont de plus en plus restreintes.

Un durcissement régional aux effets préoccupants

Cette annonce intervient alors que les Haïtiens traversent une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent, exacerbée par l’insécurité chronique, la violence des gangs et l’effondrement des institutions publiques. Les États-Unis eux-mêmes, tout en affichant leur solidarité avec le peuple haïtien, ont réaffirmé leur volonté de limiter l’entrée de migrants haïtiens sur leur territoire.

Dans un message publié sur les réseaux officiels, l’ambassade américaine à Port-au-Prince a qualifié les groupes armés opérant en Haïti de « cancer », soulignant leur rôle dans le déplacement de plus de 1,3 million de personnes à l’intérieur du pays. Washington affirme vouloir soutenir les autorités haïtiennes dans la lutte contre l’insécurité, tout en poursuivant un renforcement de ses contrôles migratoires.

Le statut TPS au cœur d’un bras de fer judiciaire

Parallèlement, aux États-Unis, une bataille judiciaire cruciale est en cours autour du Temporary Protected Status (TPS), un dispositif qui protège actuellement plus de 250 000 Haïtiens de l’expulsion. Letitia James, procureure générale de l’État de New York, mène une coalition de 18 procureurs généraux qui contestent les tentatives de révocation du TPS amorcées sous l’administration Trump. Dans un mémoire présenté devant un tribunal fédéral à Washington, la coalition alerte sur les conséquences humaines d’une telle révocation : environ 87 000 enfants citoyens américains vivent avec au moins un parent haïtien bénéficiant du TPS. La suppression de ce statut mettrait en péril la stabilité de nombreuses familles.

Une impasse migratoire sans issue visible

La décision des Bahamas, bien que présentée comme une réponse technique aux politiques américaines, illustre une tendance régionale inquiétante de repli et de fermeture vis-à-vis des flux migratoires haïtiens. Entre restrictions diplomatiques, menaces sur les statuts de protection et insécurité généralisée, les perspectives pour les Haïtiens en quête de refuge légal s’amenuisent jour après jour.

Cette situation appelle à une réponse coordonnée de la communauté internationale, fondée non seulement sur la sécurité, mais aussi sur la solidarité, la protection des droits humains et la restauration des conditions de vie en Haïti. À défaut, le risque est grand de voir s’aggraver une crise migratoire déjà hors de contrôle.

Jean Joceler JEAN / Pòtvwa