
Face à l’aggravation de la crise sécuritaire en Haïti, les États-Unis et le Panama ont présenté au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies une proposition de résolution ambitieuse. Ce projet vise la création d’une force multinationale composée de 5 550 hommes, destinée à éradiquer l’influence des gangs responsables de violences et d’atteintes aux droits fondamentaux dans l’archipel caribéen.
Contextualisation de la crise haïtienne La situation en Haïti est devenue particulièrement préoccupante depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. Les événements qui ont suivi ont plongé le pays dans une désorganisation politique et institutionnelle, favorisant une montée en puissance sans précédent des groupes criminels. Aujourd’hui, ces gangs contrôlent près de 90 % du territoire de Port-au-Prince et étendent leurs activités dans les régions rurales, perpétrant pillages, enlèvements, agressions sexuelles et viols. Dans un contexte où la stabilité nationale et la cohésion sociale semblent continuellement menacées, la communauté internationale a ainsi reconnu la nécessité d’une intervention renforcée.
Une initiative réaffirmée par la communauté internationale La proposition conjointe des États-Unis et du Panama se présente comme une réponse décisive à l’expansion des activités gangstéristes en Haïti. Cette démarche intervient dans le sillage d’un constat formulé par le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui avait déjà souligné, en février dernier, l’insuffisance de la force multinationale alors déployée sous la houlette du Kenya. Cette dernière, initialement constituée de 2 500 hommes lors de son déploiement en juin 2024, a vu ses effectifs se réduire à moins de 1 000 en raison de difficultés de financement, réduisant ainsi son aptitude à répondre aux enjeux contemporains de sécurité.
Les modalités du renforcement opérationnel Le document soumis au Conseil de sécurité s’étend sur six pages et précise les mécanismes de déploiement de cette nouvelle force. Dans le détail, celle-ci devrait comprendre 5 500 militaires accompagnés de 50 civils. Ces effectifs seraient rémunérés par le biais de contributions volontaires des États membres de l’ONU. La mission envisagée inclut la réalisation d’opérations antigang ciblées, fondées sur l’exploitation du renseignement militaire et civil afin de neutraliser, isoler et dissuader les groupes criminels. Au-delà de cette mission initiale, les effectifs seraient également investis de la responsabilité de sécuriser des infrastructures stratégiques telles que les aéroports, les ports, ainsi que divers établissements scolaires, garantissant ainsi la protection civile et institutionnelle.
Dans un esprit de continuité et de reconnaissance, le nouveau projet ne fait aucun doute sur l’estime portée au rôle du Kenya, qui avait assuré avec efficience le commandement de la force initiale. Toutefois, il se concentre sur la transformation et le renforcement d’une entité opérationnelle apte à répondre aux défis sécuritaires croissants en Haïti, tout en collaborant étroitement avec le gouvernement national pour la détention et l’arrestation de citoyens impliqués dans des activités gangstéristes.
Cette initiative multinationale, élaborée dans le cadre d’un partenariat solide entre les États-Unis et le Panama, s’inscrit dans une stratégie plus large de stabilisation de la région. Elle traduit la volonté de la communauté internationale de redonner à Haïti les moyens de restaurer l’ordre public, de protéger les droits humains et de favoriser le rétablissement de la confiance dans les institutions. À l’heure où les défis sécuritaires se multiplient, cette proposition représente un pas déterminant vers une intervention rigoureuse et coordonnée, visant à restaurer la paix et la stabilité dans l’un des pays les plus fragilisés de la région.
Jean Joceler JEAN / Pòtvwa





