
Face à la crise sécuritaire, Alix Didier Fils-Aimé défend une stratégie en trois axes : répression militaire des groupes armés, poursuites judiciaires contre les criminels et leurs réseaux, et réintégration sociale des jeunes enrôlés. Sur le papier, cette doctrine apparaît équilibrée, reconnaissant la dimension systémique de la violence en Haïti.
Mais sa mise en œuvre soulève de sérieuses interrogations. La justice haïtienne, largement dysfonctionnelle, peine à instruire les dossiers majeurs, tandis que les forces de sécurité restent sous-équipées et fragmentées. L’annonce de mécanismes judiciaires contre les crimes de masse et les circuits financiers criminels reste, à ce stade, sans traduction concrète.
Interrogé par Christiane Amanpour sur une éventuelle négociation avec les gangs, hypothèse évoquée par International Crisis Group, le Premier ministre a éludé la question. Refusant le terme même de « négociation », il a préféré réaffirmer sa doctrine. Ce refus de clarification alimente toutefois les spéculations sur d’éventuelles discussions officieuses.
Par ailleurs, le recours à la force soulève des préoccupations croissantes. Selon Human Rights Watch, des frappes de drones menées dans des zones urbaines auraient causé des pertes civiles significatives, mettant en lumière les risques d’une stratégie sécuritaire insuffisamment encadrée. Ces opérations interrogent sur le respect du droit international humanitaire et la protection des populations.
La situation des femmes et des enfants illustre, de manière dramatique, les limites du discours officiel. Des organisations comme Médecins Sans Frontières font état d’une explosion des violences sexuelles, utilisées comme arme de terreur par les groupes armés. Les données des Nations unies confirment l’ampleur de ces exactions, dans un contexte où une part importante de la population vit sous contrôle criminel.
Dans ce contexte, la question centrale demeure celle de la capacité de l’État à se reconstruire. Car au-delà des annonces, le défi est institutionnel : restaurer l’autorité publique, garantir la justice. L’optimisme affiché sur la scène internationale se heurte ainsi à une réalité quotidienne marquée par l’insécurité, les déplacements forcés et l’effondrement des services essentiels.
La séquence médiatique sur CNN aura permis au Premier ministre de projeter une image de maîtrise et de détermination. Mais sur le terrain, c’est une autre épreuve qui se joue : celle de la crédibilité de l’État face à une crise qui dépasse désormais le seul cadre sécuritaire pour devenir une question de survie nationale.
Jean Joceler JEAN / Pòtvwa





