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Transition politique en Haïti : la CARICOM interpelle les signataires de l’accord du 3 avril sur l’avenir du CPT

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À moins de quatre mois de la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le Groupe des éminentes personnalités de la Communauté caribéenne (CARICOM) multiplie les démarches diplomatiques pour pousser les acteurs haïtiens à clarifier leur position sur la suite du processus politique. Dans une correspondance adressée cette semaine aux signataires de l’accord du 3 avril 2024, les émissaires régionaux demandent à chaque secteur représenté au CPT de se prononcer sur l’échéance du 6 février 2026, date prévue pour la fin du mandat du Conseil.

Depuis la fin de 2024, la Caricom suit de près les soubresauts du processus transitoire haïtien. Déjà, lors d’une réunion virtuelle tenue le 1er juillet dernier, les membres du Groupe des éminentes personnalités (EPG) avaient exhorté les acteurs politiques à anticiper la fin du mandat du CPT par un accord consensuel. La lettre, signée par l’ambassadeur Colin Granderson, s’inscrit dans cette logique de continuité diplomatique.

« En tenant compte de la nouvelle dynamique politique qui se développe avec l’émergence de multiples groupements proposant des scénarios pour la fin du mandat du CPT, le Groupe des éminentes personnalités vous serait reconnaissant de lui faire parvenir vos réflexions sur la conjoncture et les efforts entrepris pour l’adresser », écrit le Groupe dans sa note.

Cette démarche illustre l’inquiétude croissante de la Caricom face au manque de concertation entre les secteurs haïtiens. Près de dix-huit mois après la signature de l’accord du 3 avril, les signataires n’ont jamais réussi à se réunir pour évaluer le fonctionnement du Conseil ni définir les conditions d’une éventuelle succession.

Le CPT en quête de consensus

Conscient du climat d’incertitude qui entoure la fin de son mandat, le Conseil présidentiel de transition a lancé un cycle de consultations avec les partis politiques et les organisations de la société civile. Le conseiller présidentiel Frinel Joseph a notamment rencontré les dirigeants de formations telles que EDE, INITE, 21 décembre, INFÒS et SDP, ainsi que les représentants de la Fédération protestante d’Haïti et de la Konvansyon Nasyonal Vodouyizan Ayisyen (KNVA).

« Le Conseil présidentiel poursuit les rencontres afin de trouver le consensus nécessaire à la tenue des élections et éviter toute éventuelle crise », a déclaré M. Joseph sur son compte Facebook.

Une transition en suspens

Malgré ces initiatives, la transition haïtienne demeure sans cap défini. De nombreuses organisations politiques et personnalités publiques réclament le départ du CPT à la date prévue du 7 février 2026, sans pour autant proposer d’alternative claire. Entre méfiance politique, absence de leadership unifié et dépendance persistante à la médiation internationale, le pays semble s’enfoncer dans une nouvelle zone grise institutionnelle.

Pour la Caricom, qui avait joué un rôle déterminant dans la mise en place du CPT après la chute du gouvernement d’Ariel Henry, le risque d’un vide politique à l’issue du mandat présidentiel transitoire demeure une préoccupation majeure.

Alors que le compte à rebours vers le 7 février 2026 est désormais engagé, une interrogation cruciale plane sur Port-au-Prince : Haïti saura-t-elle définir par elle-même la prochaine étape de sa transition démocratique, ou faudra-t-il, une fois encore, l’arbitrage de la communauté internationale pour éviter un nouvel effondrement institutionnel ?

Jean Joceler JEAN / Pòtvwa