Quand « l’application du quota » constitutionnel d’au moins 30% de femmes dans les postes décisionnels dérange certains organes de presse.

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L’après 86 a marqué un tournant considérable dans l’histoire sociopolitique haïtienne avec l’adoption de la nouvelle constitution du 29 Mars 1987 qui consacra l’État haïtien comme étant une République démocratique axée sur une trilogie « Liberté-égalité-fraternité » comme devise. Ce nouvel ordre, tout en brisant les murs dictatoriaux, va désormais léguer la souveraineté au peuple d’où le choix des élections. Et, malgré la démocratisation de l’appareil étatique, les femmes sont toujours peu représentées dans les postes de décision, que ce soit au sein des postes nominatifs ou électifs. Le quota d’au moins 30% de femmes au niveau des postes décisionnels – un outil visant la correction des inégalités, peine à s’appliquer. Les raisons avancées sont multiples : certains parlent « d’instrumentalisation du quota » par les pouvoirs publics, d’autres le voient comme un choix politique axée sur la continuité du système patriarcal.
Et, ce gouvernement qui a compris la nécessité, à travers le remaniement ministériel, d’accorder une certaine justice (dans le cas haïtien) à l’égard des femmes bouleverse le statu quo médiatique. Or, tout pays voulant rompre, que ce soit avec la ségrégation horizontale relative au genre ou la ségrégation verticale liée au genre, doit obligatoirement passer par le processus d’objectivation et d’ancrage au sens des représentations sociales de Jean Claude Abric. C’est-à-dire, la question d’intégration des femmes dans les postes de décisions est quelque chose de concret mais qui ne nous est pas familier allant jusqu’à créer des problèmes dans les réseaux de catégorie conservatrice.
C’est l’exemple de Madame Sandra Paulemon, qui, titulaire de deux (2) Masters et doctorante en politiques publiques, vient d’accéder au portefeuille du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) où même une fois on ne perçoit l’intérêt des débats portant sur son parcours académique dans la presse. Sur ce, tout esprit intuitif peut se dire que la nomination de Madame Paulemon dérange la bourgeoisie d’État (au sens de K. Marx). Tel haut fonctionnaire, tel Ministre,qui sont là depuis vingt (20) ans sur l’échiquier politique, n’ont rien comme actif dans la fonction publique puisqu’ils servent un groupe d’intérêt dominant, ils sont devenus inamovibles. Par ailleurs, telle autre figure ou telle femme qualifiée pour un poste est devenue la cible à abattre dans la presse car elles viennent perturber l’ordre dominant [masculin] établi. D’où un contre-pouvoir indépendant qui a sombré dans la politicaillerie. Et, pourquoi des profils de femmes font-elles peur à une frange de la presse traditionnelle ?

1.La presse haïtienne : entre un conservatisme rassis et un machisme primaire.

Dans toutes les charpentes du corps social haïtien, les rapports débalancés hommes-femmes sont des constantes visant à établir une supériorité d’un sexe par rapport à un autre. Cette prévalence ne se manifeste pas seulement dans les rapports genrés mais elle tend aussi à s’installer, s’enraciner même dans les relations institutionnelles tels que les églises, les écoles, les institutions privées/publiques, les médias, etc. Et, la presse haïtienne, en tant que sous-ensemble reflétant la dynamique sociale globale, s’inscrit dans une sorte de prolongement du traditionalisme machiste. Donc le constat est lucide : au cours de la décennie post 2010, la presse haïtienne a permis l’émergence d’une pléiade d’experts et de politiciens comme les Claude Joseph, Enomy Germain, Etzer Emile, Enge James, Pascal Adrien, Charlot Jacquelin Jr, tutti quanti en termes de visibilité sociale. Mais, combien de jeunes femmes, à compétences égales, à la même période, ont pu bénéficier d’une telle aubaine ? Pourquoi une presse se vantant progressiste ne fait pas la promotion de l’application du quota d’au moins 30% dans les sphères décisionnelles publiques ? Et, la poignée de femmes qui y accède, pourquoi sont-elles jugées sur leur sexe ?

2.La presse haïtienne ou le spectre de l’émergence politique féminine.

Tout ordre dominant truffé de conservatisme tend non seulement à maintenir une structure sociale stable et hiérarchisée mais aussi affiche une grande méfiance contre les utopies, les progrès sociaux, considérés le plus souvent comme potentiellement nuisible. Le pire n’est pas le campement de l’instinct de conservation, c’est surtout cet esprit grégaire, depuis des décennies, qui continue de reproduire les échecs masculins à répétition. C’est pourquoi des figures féminines comme Madame Sandra Paulemon, Stephanie Smith, l’actuelle Ministre du Tourisme, Lucea Geraldine, Sterline Civile, Emmanuela Douyon, peuvent glacer le sang de certains milieux machistes. La preuve : toutes ces femmes, que soit dans leur prise de position ou dans une posture de leadership, ont rarement été jugées sur leur véritable compétence. Et, le comble de l’indécence va atteindre son apogée lorsque Madame Paulemon, du coup, va s’associer à son mari, comme pour dire qu’elle ne peut exister en dehors de ce dernier, même avec son statut de Doctorante en politique publiques.

Conclusion.

Dans une sphère publique, autant gangrené par toutes sortes d’inégalités où les femmes ont toujours été minoritaire dans les postes de décisions, corollaire soit d’une ségrégation ou d’un plafond de verre, il est un devoir pour tout constitutionaliste de promouvoir le quota d’au moins 30%, prônée par l’article 17-1. Par conséquent, les acquis relatifs à l’émancipation de la femme doivent être totaux, permanents, évolutifs dans la mesure où ils aspirent à corriger plusieurs siècles d’ostracisation. Donc, en 2026, si la « presse » haïtienne veut casser ce brin réactionnaire, la promotion des femmes qualifiées, engagées, compétentes, doit être son ultime credo.

Kerns Lareche

Msc en Management Public