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L’ONU avertit que « le compte à rebours de la transition a commencé » à l’approche du 7 février 2026

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Face à l’absence d’un calendrier électoral et à la fragilité persistante des institutions, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Haïti, Carlos G. Ruiz, appelle les autorités à accélérer le processus politique pour éviter un vide institutionnel après la fin de la transition.

Alors que l’échéance du 7 février 2026, date prévue pour la fin de la transition politique en Haïti, se rapproche inexorablement, les Nations unies multiplient les signaux d’alerte. Devant le Conseil de sécurité, mercredi 22 octobre 2025, Carlos G. Ruiz, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, a estimé que « le compte à rebours de la transition a commencé », tout en déplorant l’absence d’une trajectoire claire vers le rétablissement d’une gouvernance démocratique stable.

« Dans un contexte de défis persistants en matière de sécurité, le processus politique est entré dans les derniers mois des dispositions actuelles de gouvernance transitoire qui prévoient le transfert du pouvoir aux responsables élus d’ici le 7 février 2026 », a déclaré le diplomate.
« Je suis préoccupé par le fait qu’aucune voie claire vers le rétablissement d’une gouvernance démocratique ne se soit encore dégagée », a-t-il ajouté.

Des consultations politiques, mais peu de certitudes

Malgré ce constat préoccupant, Carlos G. Ruiz a salué les efforts du Conseil présidentiel de transition (CPT), engagé dans une série de consultations avec les acteurs politiques en vue d’éviter un vide institutionnel. Selon lui, ces initiatives témoignent d’une volonté de parvenir à un consensus minimal autour des conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et inclusives.

« Je salue les mesures prises par les autorités nationales pour parvenir à un accord sur les conditions nécessaires à la tenue d’élections et pour prévenir toute rupture de légitimité après le 7 février 2026 », a-t-il affirmé, appelant toutefois à « transformer ces consultations en engagements concrets ».

L’abandon de la révision constitutionnelle, un signal d’apaisement

Le représentant onusien a également salué la décision du Conseil des ministres du 9 octobre dernier de retirer la révision constitutionnelle de l’agenda de la transition et de renoncer à l’organisation d’un référendum. Cette orientation, a-t-il souligné, marque un recentrage sur les priorités électorales et un pas vers le consensus.

« La poursuite du dialogue interhaïtien demeure essentielle pour forger un consensus renouvelé sur la voie à suivre », a-t-il insisté, rappelant que le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) reste mobilisé pour favoriser un dialogue inclusif et soutenir la stabilité institutionnelle.

Une transition sous pression budgétaire

Sous la direction du BINUH, les Nations unies continuent d’apporter un appui technique et logistique au Conseil électoral provisoire (CEP) pour accélérer les préparatifs électoraux. Mais ces efforts se heurtent à des contraintes financières majeures.

D’après le budget 2025-2026, le gouvernement haïtien a prévu 5,4 milliards de gourdes pour les activités électorales et 3 milliards de gourdes pour le soutien aux partis politiques. De son côté, le rapport du secrétaire général de l’ONU, daté du 14 octobre 2025, précise que le CEP a soumis à l’exécutif un plan révisé de 136,5 millions de dollars pour la première phase du processus électoral — une estimation tenant compte des coûts liés à l’insécurité et aux arriérés de salaires.

Une transition à haut risque

À moins de quatre mois du terme fixé, la communauté internationale observe avec prudence l’évolution du processus politique haïtien. Entre la montée des violences armées, la faiblesse institutionnelle et la lenteur des réformes, les incertitudes demeurent entières.

Pour l’ONU, l’avenir de la transition repose désormais sur la capacité des acteurs nationaux à bâtir un compromis politique réaliste et à respecter le calendrier électoral. Faute de quoi, Haïti risque de s’enfoncer dans un nouveau cycle d’instabilité dont les conséquences, prévient l’organisation, pourraient être « profondes et durables ».

Jean Joceler JEAN / Pòtvwa