
La Ligue Haïtienne de Défense des Droits Humains (LHDDH) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Dans un rapport préliminaire rendu public, l’organisation dénonce des décisions arbitraires prises par plusieurs banques commerciales et une détérioration continue de la qualité des services bancaires en Haïti, au détriment des droits économiques et de la dignité des citoyens.
Quatorze ans environ du séisme du 12 janvier 2010, la LHDDH constate que des mesures présentées comme temporaires se sont institutionnalisées, sans réforme structurelle ni encadrement étatique efficace. Résultat : un accès aux services bancaires devenu éprouvant, inégal et parfois dangereux.
Des files d’attente à ciel ouvert, symbole d’une indignité persistante
Avant 2010, l’accueil des clients s’effectuait majoritairement à l’intérieur des succursales. Aujourd’hui, les longues files d’attente à l’extérieur sont devenues la norme. Exposés au soleil, aux intempéries et à l’insécurité, les usagers patientent pendant des heures, parfois toute une journée, pour effectuer des opérations élémentaires, constate l’organisme de Défense des Droits Humains.
L’entrée au compte-gouttes dans les agences crée une double peine : une attente prolongée dehors, puis une seconde à l’intérieur. Cette organisation, jugée humiliante par la LHDDH, accroît par ailleurs les risques de braquages à la sortie des banques. Selon de nombreux témoignages, seule la présence ponctuelle de la Police nationale d’Haïti (PNH) permet d’éviter des drames.
Retraits en dollars : des restrictions jugées abusives
Le rapport met également en lumière des pratiques particulièrement controversées concernant les comptes en dollars américains. Si les dépôts s’effectuent sans entrave, les retraits, eux, sont sévèrement plafonnés, parfois à 100 dollars, indépendamment du solde disponible. Certaines banques imposent même des retraits fractionnés via les guichets chauffeurs, multipliant les déplacements et les contraintes.
Pour la LHDDH, ces restrictions constituent une violation manifeste des droits des déposants, d’autant que l’économie haïtienne demeure largement dépendante du dollar pour les transactions majeures (immobilier, véhicules), faute d’une politique publique claire visant à renforcer l’usage effectif de la gourde.
La circulaire 114-1 de la BRH dans le viseur
Adoptée en 2020, la circulaire 114-1 de la Banque de la République d’Haïti (BRH) visait à encadrer le marché des changes et à canaliser les transferts en devises vers le circuit formel. Dans les faits, estime la LHDDH, cette mesure a restreint l’accès aux devises, exacerbé les tensions avec les maisons de transfert et pénalisé les bénéficiaires de comptes en dollars.
L’organisation considère que cette décision a surtout servi les intérêts de l’État, au détriment des droits économiques et financiers des citoyens, et en réclame le retrait pur et simple.
Affluence, tensions et violences : un climat délétère
En période de forte affluence, notamment en fin d’année, la saturation des banques et des bureaux de transfert atteint un niveau critique. Les trottoirs et voies publiques sont envahis, sans encadrement adéquat. Des incidents sont régulièrement signalés : bousculades, violences verbales, voire physiques, parfois imputées à des agents de sécurité.
Pour la LHDDH, ces dérives traduisent l’absence de dispositifs adaptés et le mépris des principes élémentaires de respect de la personne.
Des recommandations pour restaurer la confiance
Face à ces constats, la LHDDH appelle à une réaction urgente. Elle exhorte l’Association Professionnelle des Banques (APB) à ouvrir un dialogue avec les institutions concernées, à améliorer significativement l’accueil de la clientèle, à renforcer les effectifs aux guichets, et à garantir la sécurité et l’intégrité des usagers dans et autour des établissements bancaires. L’organisation insiste également sur la nécessité de protéger l’identité des clients.
Un droit économique fondamental en péril
En somme, la LHDDH rappelle que l’accès aux services bancaires est un droit économique fondamental. Les banques commerciales, en tant qu’acteurs d’intérêt public, ont une responsabilité sociale et morale. Sans réformes profondes et immédiates, prévient l’organisation, la défiance populaire continuera de s’aggraver, avec des conséquences durables sur la cohésion sociale et le respect des droits humains en Haïti.
Jean Joceler JEAN / Pòtvwa





