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Haïti : la LHDDH dénonce une flambée sans précédent des prix des produits de première nécessité en 2025

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La Ligue haïtienne de défense des droits humains (LHDDH) alerte sur la dégradation rapide et profonde de la sécurité alimentaire en Haïti. Dans un rapport consacré à l’évolution des prix des produits de première nécessité entre 2024 et 2025, l’organisation dresse un constat préoccupant : la cherté de la vie a atteint un seuil critique, au point que l’accès à une alimentation décente s’apparente désormais à un privilège pour une large frange de la population.

Cette analyse, qui ne tient pas compte des données de l’année 2026, met en évidence une augmentation généralisée et spectaculaire des prix des denrées alimentaires essentielles, sans que les revenus des ménages n’aient connu la moindre progression significative. En 2025, souligne la LHDDH, se nourrir trois fois par jour, conformément aux standards nutritionnels de base, relève de plus en plus de l’exception.

Un environnement socio-économique et sécuritaire délétère

La crise alimentaire s’inscrit dans un contexte socio-économique déjà extrêmement fragile. Le chômage, estimé à près de 15 % en 2025, prive une part importante de la population active de ressources régulières, affaiblissant davantage le pouvoir d’achat des ménages. À cette précarité structurelle s’ajoute une insécurité persistante, qui désorganise les circuits économiques et commerciaux à l’échelle nationale.

Kidnappings, déplacements forcés, abandon de terres agricoles et fermeture de marchés rythment le quotidien. Le contrôle de plusieurs axes routiers stratégiques par des groupes armés entrave l’acheminement des produits agricoles vers les centres urbains. Cette situation provoque une raréfaction de denrées locales telles que l’igname, la banane ou certains légumes, contribuant directement à la flambée des prix observée entre 2024 et 2025.

Des hausses vertigineuses sur les marchés

Les relevés effectués par la LHDDH sur les principaux marchés du pays témoignent d’une inflation alimentaire marquée. Le sac de riz importé, vendu autour de 2 500 gourdes en 2024, avoisine désormais les 3 500 gourdes en 2025. Les pois noirs et pois Miami, proposés à 500 gourdes la marmite l’année précédente, atteignent jusqu’à 1 100 gourdes, soit plus du double en l’espace d’un an.

D’autres produits de base, farine, sucre, beurre, pâtes alimentaires, huile comestible ou lait, affichent également des niveaux de prix qualifiés de « très élevés » par l’organisation. Seuls le maïs et le blé semblent échapper, pour l’heure, à cette tendance haussière. Pour la LHDDH, ces chiffres traduisent une inflation incontrôlée qui pénalise en priorité les ménages les plus vulnérables.

Une violation manifeste du droit à l’alimentation

Au-delà des indicateurs économiques, la LHDDH met en garde contre les conséquences humaines de cette crise. La hausse généralisée des prix constitue, selon elle, une atteinte grave au droit à l’alimentation, consacré par l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et par plusieurs instruments internationaux ratifiés par Haïti.

En 2025, une proportion importante de la population se trouve dans l’incapacité de satisfaire ses besoins alimentaires élémentaires. Les personnes déplacées par la violence armée, vivant dans des abris de fortune ou dans une extrême précarité, figurent parmi les plus exposées. L’insécurité alimentaire vient ainsi aggraver une crise humanitaire déjà profonde, marquée par la perte de logements, de moyens de subsistance et par une atteinte continue à la dignité humaine.

Des appels pressants à l’action

Face à une situation jugée critique, la LHDDH enjoint les autorités haïtiennes à mettre en œuvre, sans délai, des politiques publiques susceptibles de stabiliser les prix des produits alimentaires et de rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire. Le rétablissement de la libre circulation des personnes et des biens est, selon l’organisation, une condition indispensable à la relance des activités agricoles et commerciales.

La Ligue appelle également la communauté internationale et les partenaires humanitaires à renforcer leur soutien aux populations les plus vulnérables. Elle rappelle enfin que le droit à l’alimentation constitue un droit humain fondamental et non une faveur.

Affirmant sa détermination à poursuivre son travail de veille, de documentation et de plaidoyer, la LHDDH assure rester mobilisée afin que les droits fondamentaux et la dignité de la population haïtienne soient pleinement respectés et garantis.

Jean Joceler JEAN / Pòtvwa